Aux Studios Kirah, situés dans la banlieue de Conakry, des jeunes Guinéens ont présenté leurs projets digitaux liés au patrimoine culturel du pays, fruit de semaines de formation intensive avec l’appui technique du 104factory Paris et l’accompagnement opérationnel des Studios Kirah.
Cette soirée de restitution illustre un pari audacieux : réconcilier la jeunesse africaine avec ses racines par le biais du numérique.
Le vendredi, aux Studios Kirah, l’atmosphère était celle des grandes occasions. Des jeunes Guinéens — architectes en herbe, entrepreneurs du numérique, passionnés de culture — se sont succédé pour présenter le fruit de plusieurs semaines de travail acharné. L’enjeu ? Montrer comment le patrimoine guinéen, riche et pluriel, peut trouver une nouvelle vie sur les écrans.

Organisée dans le cadre du Musée Virtuel de Guinée, cette session de restitution marque une étape décisive d’un projet financé à hauteur de 2 millions d’euros par l’Ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone, mis en œuvre par Expertise France en Guinée en partenariat avec le ministère en charge de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat.
Divisés en quatre groupes, les participants ont planché sur des projets mêlant patrimoine culturel et artisanal guinéen d’un côté, outils numériques de l’autre. Une équation qui, à première vue, pourrait sembler contre-nature. Pourtant, les résultats ont globalement convaincu.
Le directeur général des Studios Kirah, Alex Nadjindo, n’a pas caché sa satisfaction tout en restant lucide sur le chemin restant à parcourir : « Ce que vous avez vu aujourd’hui est le résultat d’efforts consentis, de sacrifices et de nuits de travail. Nous sommes fiers et contents de ce qu’ils ont présenté. On en est encore à 70 % ; il reste 30 % pour achever le projet à 100 %. »
Ce résultat reflète un état d’esprit qui traverse l’ensemble du programme : l’excellence comme horizon, pas comme simple objectif de façade.
Dès la semaine suivant la restitution, les travaux des jeunes devaient être soumis au regard du grand public afin de recueillir des retours permettant d’affiner et d’améliorer la plateforme du musée virtuel. Une démarche participative qui confère au projet une dimension résolument ouverte et évolutive.
Laura Jude, cheffe de projets Innovation au 104factory, a accompagné les participants tout au long de la semaine. Son bilan est sans ambiguïté : « Nous avons effectué un long parcours au sein du musée pour qu’ils puissent réaliser un diagnostic et proposer ensuite des solutions d’amélioration, notamment en matière de médiation culturelle, numérique et non numérique. »
Au-delà de l’aspect technique, la formatrice insiste sur la dimension entrepreneuriale de l’accompagnement : « Ce sont des jeunes qui ont développé des idées tout au long du programme, et nous étions là pour les aider à mieux les communiquer. » Une vision qui dépasse le simple cadre de la formation pour ouvrir des perspectives concrètes d’insertion et de création d’activité.
Laura Jude souligne également la pertinence du projet au regard des réalités sociales guinéennes : « Je trouve qu’ils répondent très bien aux enjeux liés à la jeunesse guinéenne, qui est aujourd’hui très friande de numérique et qui a besoin de se reconnecter à son patrimoine traditionnel. »

Parmi les projets présentés, celui de Mohamed Lamine Ben Cissé illustre avec éloquence l’esprit du programme. Étudiant en architecture, il a conçu une plateforme numérique baptisée « Culture Béré », dont le concept repose sur une idée simple et efficace : proposer aux jeunes Guinéens des jeux en ligne inspirés de leur propre patrimoine.
« Le jeu consiste à reconstituer des images sous forme de puzzles inspirés du patrimoine guinéen. Nous avons également intégré des jeux de coloriage où les enfants peuvent colorier des paysages africains, et surtout guinéens — un moyen de se souvenir de ce qu’était la vie en communauté », explique-t-il avec fierté.
Au-delà du produit lui-même, Ben Cissé souligne l’impact de la formation sur sa façon d’envisager l’entrepreneuriat culturel : « Grâce à cette formation, nous savons que nous pouvons promouvoir le patrimoine guinéen à travers le numérique, et que la culture n’est pas étrangère à la numérisation. Nous avons beaucoup appris à monter un projet : définir nos objectifs et identifier la voie par laquelle nous pouvons valoriser le patrimoine guinéen. »
Ce que révèle cette soirée de restitution dépasse le simple compte rendu d’un programme de formation. Il s’agit d’une démonstration — encore partielle, comme le rappelle Alex Nadjindo — que la jeunesse africaine peut être actrice, et non spectatrice, de la préservation et de la diffusion de son propre patrimoine.
À une époque où la globalisation culturelle tend à homogénéiser les imaginaires, le Musée Virtuel de Guinée trace une voie alternative : celle d’une numérisation enracinée, qui ne renonce pas à l’identité pour accéder à la modernité, mais qui utilise les outils du présent pour honorer la mémoire du passé.
Article d’Ibrahima S. BAH
@SITANEWS, Conakry
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