De la gauche vers la droite : Djibril Ouattara, Ministre ivoirien de la Transition numérique, le ministre gabonais de la Jeunesse, Paul Ulrich, le ministre ivoirien de la Jeunesse, Mamadou Touré et l'Expert ivoirien Léonce Ano.
03 May, 2026

FEMUA 18 | « Carrefour Jeunesse », un panel de haut niveau décrypte les enjeux de l’IA en Afrique

 

Dans le cadre de la 18 édition du Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo (FEMUA), l’espace « Carrefour Jeunesse » a servi de tribune à un panel de haut niveau consacré à une question cruciale : l’intelligence artificielle, menace ou opportunité pour l’Afrique ? 

 

Ministres, experts et acteurs du numérique y ont confronté leurs analyses autour des défis, des risques et des perspectives liés à cette technologie en pleine expansion.

 

Une transformation inévitable à anticiper

Pour le ministre ivoirien de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, l’urgence réside dans l’acculturation massive des populations à l’intelligence artificielle. 

 

Selon lui, la Côte d’Ivoire entend se positionner comme un hub technologique de référence sur le continent. « L’intelligence artificielle est désormais au cœur de la stratégie de transformation de la Côte d’Ivoire. Notre ambition est de l’intégrer à la modernisation de l’administration, du secteur privé et au renforcement de la confiance entre l’État et les citoyens. »

 

Dans le même sens, Mamadou Touré, ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, a insisté sur la nécessité d’anticiper les mutations du marché de l’emploi : « L’IA constitue à la fois une menace pour certains métiers traditionnels et une formidable opportunité. L’objectif est de créer 4 millions d’emplois d’ici 2030, en misant sur les compétences plutôt que sur les seuls diplômes, à travers des programmes de formation et de reconversion adaptés aux métiers émergents. »

 

Le Gabon parie sur un écosystème structuré

Représentant le gouvernement gabonais, Paul Ulrich Kessany Zategwa, ministre de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts, a exposé une stratégie axée sur la construction d’un écosystème numérique solide.

 

Le Gabon ambitionne notamment de développer des infrastructures clés (data centers), de mettre en place un comité national dédié à l’IA, ainsi que des centres d’innovation et de recherche spécialisés : « L’intelligence artificielle doit devenir un levier de transformation de notre économie encore dépendante des ressources naturelles. Elle peut favoriser l’employabilité et réduire le chômage, à condition d’investir dans la formation et de corriger les inégalités d’accès au numérique. »

 

Face à une population majoritairement jeune, le ministre a également plaidé pour un renforcement de la coopération africaine et le partage d’expériences pour accélérer cette transition.

 

L’IA, une "calculatrice de l’imagination"

Apportant une lecture plus technique et pédagogique, l’expert ivoirien en économie numérique et infrastructures télécoms, Léonce Ano, a livré une vision résolument optimiste de l’intelligence artificielle. Il la compare à une « calculatrice de l’imagination », voire à une révolution comparable à celle de l’électricité :

« L’enjeu pour l’Afrique n’est pas forcément de construire immédiatement toutes les infrastructures, mais de garantir l’accessibilité de l’IA. Une appropriation rapide de l’IA générative, encadrée par des garde-fous, permettra d’en maximiser les bénéfices tout en limitant les dérives. »

 

L’expert a également recommandé un modèle de formation hybride, associant experts métiers et jeunes maîtrisant les outils d’IA, afin de créer une synergie entre savoir-faire traditionnel et innovation technologique.

 

Anticiper, former et investir : les clés de l’avenir

 

Au terme des échanges, un constat s’impose : l’intelligence artificielle n’est ni intrinsèquement une menace ni une opportunité. Elle constitue avant tout un puissant levier de transformation, dont l’impact dépendra des choix stratégiques opérés par les États africains.

 

Entre ambitions politiques, défis structurels et visions d’experts, ce panel du Carrefour Jeunesse du FEMUA 18 aura surtout mis en lumière une urgence commune : préparer dès aujourd’hui la jeunesse africaine à prendre toute sa place dans l’ère de l’intelligence artificielle.

 

Par Aly Bongo LENO, depuis Abidjan pour Sitanews.net

 

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