L'histoire retiendra qu'Ansoumane Traoré, alias Ans-T Crazy, est le tout premier artiste de sa génération à avoir osé défier le Zénith de Paris, cette salle mythique nichée en plein cœur de la capitale française. Que s'est-il passé ce 11 septembre 2026 ? SITANEWS, témoin oculaire de ce spectacle, vous en livre le compte-rendu. Pour être honnête, ce concert a connu des coulisses tendues – des embrouilles entre les partenaires de la production, ainsi que quelques péripéties, mais le tout s'est soldé par un résultat jugé « irréprochable », porté par une prestation artistique bien appréciée (selon des avis) et une mobilisation taillée sur mesure.
Il aura fallu quelques mois seulement à El Creator et à son équipe de production pour aboutir à ce résultat, constaté hier soir à l’imposante salle de La Villette, dans le 19e arrondissement de Paris.
Démarrage morose, mais rattrapé haut la main...
Il est 16 heures passées quand les portes du Zénith s'ouvrent, impatientes d'accueillir le public. L'inquiétude est d'abord palpable : le public arrive au compte-gouttes, sous l'œil attentif des agents de sécurité, sur le qui-vive.
Jusqu'à 20 heures, la salle affiche encore un visage maussade. Un espoir subsiste pourtant : la veille du concert, l'équipe de production annonçait une billetterie en bonne santé, conforme à la jauge fixée — « 4 000 places sur une capacité maximale de 6 500 ».
À 20h10, le MC de la soirée, Kevin First, arpente la scène et lance la première partie devant une salle encore quasi vide. Les artistes en herbe se succèdent, et le Zénith se remplit peu à peu.

À 21h19, une pause est annoncée, comme il est de coutume dans toutes les salles conventionnées de Paris — une vingtaine de minutes à peine. Entre-temps, les câblages changent, les repositionnements s'organisent, les derniers réglages s'effectuent, lumières et fumigènes se calibrent pour accueillir enfin la vedette du jour.
Il est 21h40 pétantes quand les musiciens d'Ans-T Crazy se mettent en place et dégainent les premières notes. Les danseurs, vêtus de costumes noirs, apparaissent. Cet événement a réuni un public venu de toute la France, mais aussi de la diaspora africaine établie dans le reste de l'Europe, pour arroser en fanfare un parcours jalonné de succès, de résilience et d'innovation musicale.

Ans-T Crazy fait alors son entrée sous les torches, les flashs des téléphones et un tonnerre d'applaudissements. L'artiste, cerné d'un déluge de fumigènes, micro en main, képi vissé sur la tête, habillé de noir et blanc et portant une écharpe aux couleurs du drapeau guinéen (rouge, jaune, vert) autour du cou, n'a pas de temps à perdre : il enchaîne aussitôt les titres phares de son répertoire. La setlist, triée sur le volet, excite la foule : « Tökö », « C'est sa tête », « Sékhounsè » mettent le feu aux poudres. Le Zénith s'embrase tout de suite.
La fièvre ne redescend pas. Le mercure atteint son paroxysme quand l'artiste de Conakry enchaîne « Wo Sac Bamba », « Balangny Mödou » et « Avancer », parmi les plus gros titres de sa gibecière.
La fosse du Zénith se transforme en véritable bal champêtre. Les Guinéens ont chanté et dansé à l'unisson, reprenant presque chaque morceau à la place d'Ans-T Crazy, et réclament un rappel à la fin de chaque titre. Ce fut une catharsis collective loin des considérations ethniques, régionalistes ou politiques dont la Guinée a toujours souffert.
Sur les visages, on lit la fierté pour un artiste qui a commencé sa carrière dans la danse, dans les rues et quartiers populaires de Conakry. Un concert qui s'inscrit dans la dynamique d'ouverture des artistes guinéens en 2026, désormais présents dans des salles mythiques, loin du Palais du peuple et des petits stades de la banlieue de Conakry.
« Ce jour est plus que mon jour de naissance »
Surpris par l'ampleur de la mobilisation et la chaleur de l'accueil, Ans-T Crazy n'a pas tari de mots : « Je ne sais pas comment vous remercier pour ce que vous avez fait pour moi ce soir. Aujourd'hui, c'est plus que mon jour de naissance. Je vais jouer pour vous comme si j'étais dans un stade plein », confie l'artiste, avant de laisser la place à ses pairs, venus fièrement pour le soutenir. (Ci-dessous quelques images)

Ans-T Crazy à gauche et Lil Saako à droite

Soul Bang's | PHOTO : Sitanews

One Time | PHOTO : Sitanews

Dj Sisqo | PHOTO : Sitanews
Ans-T Crazy revient sur scène à 22h33 pour prolonger l'euphorie qu'il a lui-même déclenchée, dans un nouvel accoutrement, cette fois aux couleurs rouge et blanc comme vous le voyez en image.
Les Toofan, « grands invités » de la soirée
Si ce concert se définit par la transhumance artistique guinéenne, il illustre aussi son ouverture interculturelle, en invitant d'autres artistes du continent. Parmi eux, le célèbre groupe togolais Toofan.

Le groupe Toofan chante avec Ans-T Crazy
Masta Just et Barabas sont perçus comme des porte-étendards de la musique afro-pop. Leur ascension débute avec l'hymne dédié aux Éperviers du Togo pour la Coupe du monde 2006, un titre qui les propulse sur la scène internationale. Depuis, le duo enchaîne les tubes et les concepts novateurs, tels que le « cool-catché » ou le « Gweta », qui font danser l'Afrique entière et bien au-delà. Hier soir, Masta Just et Barabas ont tenu à apporter leur soutien à leur frère guinéen.
Elow'n, du groupe de rap ivoirien Kiff No Beat, est également venu prêter main-forte à Ans-T Crazy. Ces gestes viennent ainsi raffermir les liens d’amitié et culturels entre le Togo, la Côte d'Ivoire et la Guinée.
Aujourd'hui, l’une des figures majeures de la musique urbaine guinéenne ces dix dernières années, Ans-T Crazy a pu aborder les répertoires les plus divers et les transcender de son timbre vocal.
Le concert a pris fin à 23h01, et quelques spectateurs interrogés disent repartir chez eux avec des sentiments de joie et de satisfaction. « Ans-T Crazy est notre fierté. Ce soir, il nous a procuré la joie et montré aux Guinéens et à la face du monde qu'on peut bien compter sur lui… », s'est confié un fan.
Un concert qui restera gravé dans les annales de la musique urbaine guinéenne. Dans cette dynamique de réaffirmation identitaire, ce « concert défi » s'apparente à une réponse culturelle forte aux aspirations populaires.
Ans-T Crazy donne le tempo et ouvre ainsi la voie à une génération d'artistes. Il incarne aussi le symbole d'une jeunesse décidée à reprendre son destin en main, à se lever et chanter sa dignité, et à réclamer son indépendance artistique.
Ce concert du 11 septembre entièrement financé par Ans-T Crazy lui-même, aura été une audace de ce que la musique peut accomplir - unir, croire en son talent et persévérer les yeux fermés.
Par Sita | SITANEWS, Paris
Copyright © Sitanews. Tous droits réservés Sitanews