Du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, Bamako accueillera la 15e édition de la Biennale africaine de la photographie. Placées sous le thème « REFABULATION(s) », ces Rencontres de Bamako s'ancrent pleinement dans les réalités des crises contemporaines. La commissaire d'exposition, Armelle Dakouo, a convié les artistes photographes du continent et de la diaspora à réinventer les récits dominants, faisant de la photographie un puissant vecteur de résistance, à la fois poétique et politique.
Entretien réalisé par Mory Touré
Temps de lecture : 8min
MT : Bonjour madame la commissaire générale. Votre équipe a retenu comme thème pour cette nouvelle édition des Rencontres de Bamako « REFABULATIONS ». Dans ce contexte de résistance propre au Mali, en quoi ce thème s'inscrit-il dans une démarche de résilience culturelle, et plus particulièrement à travers toute l'Afrique ?
A.D. : « C'est une thématique large qui part d'un constat international : nous vivons une situation mondiale compliquée. Il est donc particulièrement intéressant d'amener les artistes à nous faire repenser les récits dominants et à nous faire imaginer d'autres voies possibles. Par la puissance de leur narration, ils nous orientent vers des alternatives et d'autres futurs envisageables. C'est précisément en cela que cette thématique s'accorde à la situation actuelle — qu'elle soit malienne, continentale ou internationale — elle s'adapte parfaitement à ce contexte. »
MT : Madame la Commissaire, la Biennale de la photographie est un événement majeur continental jouissant d'une grande renommée au fil des éditions précédentes. Quelles seront vos marges de manœuvre et vos grandes orientations pour faire rayonner cette nouvelle Biennale avec votre équipe ?
A.D. : « C'est vrai que cette édition fait face à plusieurs défis. Le premier est de repositionner la Biennale à l'international et de lui redonner cette visibilité qu'elle a toujours eue, mais qui était moins palpable lors de la dernière édition. Il y a donc un réel enjeu à la réintégrer pleinement dans ce circuit. En tout cas, en revenant de la Biennale de Venise, j'ai constaté que toutes les personnes à qui j'ai parlé des Rencontres de Bamako étaient extrêmement enthousiastes et ravies. L'image de la Biennale est intacte, elle n'a pas bougé ; elle reste exceptionnelle et appréciée de tous dans le milieu. Il y a également l'ambition d'en faire une Biennale pour tous les Maliens et toutes les Maliennes, afin qu'ils puissent s'approprier cette 15e édition qui, jusqu'à présent, était peut-être vécue à distance. L'objectif est justement d'ouvrir l'événement à la transdisciplinarité, d'engager la conversation avec d'autres pratiques artistiques et de s'installer dans des lieux inattendus. Il s'agit d'aller à la rencontre du public, pour que ce ne soit pas toujours à lui de venir, mais à nous d'aller vers lui. »
MT : Madame la Commissaire, la sélection des photographes par le jury et le déploiement géographique de la Biennale sont des étapes très attendues. À quelques jours de la clôture de l'appel à candidatures, pourriez-vous nous préciser vos attentes artistiques ? Quels sont les critères clés, en lien avec la thématique de cette édition, qui permettront aux candidats de se démarquer et d'être retenus ?
A.D. : « La première réponse réside dans la cohérence de leur propos et dans la manière dont ils auront réinventé ces récits en s'appropriant la notion de « Refabulation ». Ils nous amènent ainsi à repenser et à réinventer notre regard. Cette thématique montre avant tout comment chaque artiste vit et appréhende ce sujet, tout en témoignant de l'évolution de la pratique photographique. Celle-ci ne se limite plus au support traditionnel en deux dimensions (tirage et encadrement) ; elle est devenue diverse et polymorphe, s'exprimant à travers des installations, des impressions textiles ou des formes sculpturales. C'est précisément cette pluralité des pratiques contemporaines que je souhaite mettre en valeur à travers une sélection d'artistes aux projets novateurs. »
MT : Quel est votre appel aujourd'hui auprès des photographes, des futurs candidats et de l'ensemble de l'écosystème qui se réunira à Bamako pour donner à cette Biennale toute sa notoriété et son éclat d'antan ?
A.D. : « Mon appel s'adresse en premier lieu aux photographes, car il reste encore quelques jours pour l'appel à candidatures : nous les attendons nombreux. Si la Biennale de Bamako dure deux mois, elle intégrera également une semaine professionnelle. Notre ambition est d'inviter un large panel d'experts du milieu pour permettre aux photographes de les rencontrer, d'échanger et de créer des opportunités d'exposition à l'international. C'est là tout l'enjeu de cette semaine dédiée. Le reste de la programmation, étalé sur deux mois, a été pensé pour les Maliennes et les Maliens. Des événements réguliers rythmeront cette période pour faire vibrer la Biennale au quotidien. »
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