Griot malien devenu star, Sidiki Diabaté porte un regard lucide sur la place grandissante des artistes africains dans le paysage musical européen. Pour lui, une page se tourne : celle où l'Europe venait simplement « découvrir » l'Afrique. Aujourd'hui, affirme-t-il, c'est toute une génération de la diaspora qui impose sa voix et fait rayonner sa culture sur les plus grandes scènes du continent.
Une bascule générationnelle…
« Il y a un véritable changement qui s'opère aujourd'hui dans les concerts en Europe », observe l'artiste. Il y a vingt ou trente ans, rappelle-t-il, la dynamique était à sens unique : « c'étaient les Européens qui venaient découvrir nos artistes, notre musique et notre culture dans les salles et les festivals ». Un rapport de découverte, presque de curiosité, qui plaçait la musique africaine en position d'invitée sur son propre continent d'accueil.
Ce temps-là, selon Sidiki Diabaté, appartient au passé. Une nouvelle génération d'artistes a changé la donne et impose désormais ses propres codes, son propre public et sa propre légitimité.
Une génération qui prend sa place…
Sidiki Diabaté cite en exemple des noms devenus incontournables de la scène afro-urbaine et internationale : Youssoupha, Maître Gims, Fally Ipupa, ou encore « ma sœur » Aya Nakamura. « Ce qu'ils accomplissent, c'est bien plus que de la musique », insiste-t-il. « C'est un acte de la diaspora. C'est une génération qui prend sa place, qui fait entendre sa voix et qui montre au monde entier la richesse de notre culture. »
Au-delà du succès individuel de chaque artiste, c'est donc un mouvement collectif que décrit le musicien malien : celui d'une diaspora qui ne se contente plus d'être représentée, mais qui écrit elle-même son récit, sur ses propres termes, devant des publics toujours plus larges.
Pour Sidiki Diabaté, ce constat s'accompagne d'une fierté profonde. « Je suis profondément fier de cette diaspora qui nous porte, nous les artistes, qui porte notre culture et qui fait rayonner notre continent à travers le monde », confie-t-il. Une fierté nourrie par des résultats très concrets : des salles combles, des frontières culturelles qui s'effacent, et des publics conquis qui, hier encore, ignoraient tout de cette musique.
« C'est une immense fierté de voir aujourd'hui notre musique traverser les frontières, remplir les plus grandes salles et toucher des publics qui, hier encore, ne nous connaissaient pas », conclut-il.
À travers ces mots, Sidiki Diabaté livre moins un simple constat qu'un véritable manifeste : celui d'une génération d'artistes africains et afro-descendants qui, de Paris à Bruxelles en passant par les plus grandes arènes d'Europe, ne demande plus sa place — elle l'a prise.
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