Sona Jobarteh | Crédit photo : Rita Stirn
27 August, 2026

Musiques africaines et engagement : femmes en scène au Festival Au grès du Jazz

 

Fréquentation record pour la 23e édition du festival : les origines métissées du jazz ont soufflé sur le site du festival, au château de la commune de La Petite Pierre, située dans les Vosges du Nord. Sona Jobarteh, artiste anglo-gambienne, compositrice et virtuose de la kora, a honoré le festival de sa présence le dimanche 16 août, journée de clôture, et a rappelé que tout artiste avait une responsabilité. La veille, le groupe Kolinga, avec la chanteuse franco-congolaise Rebecca MBoungou, a mis en lumière un engagement pour la transmission de l'héritage africain. 


Reportage de Rita Stirn pour SitaNews

 

L'arrivée sur scène de Sona Jobarteh est une véritable éclaircie après une longue averse au cours de laquelle le public s'était réfugié, dans la bonne humeur, dans les recoins du château.

 

Vêtue d'une splendide robe longue et seyante, aux teintes rouges, Sona Jobarteh porte avec élégance son instrument fascinant, une harpe à 21 cordes, la kora. Elle fait l'effort de s'exprimer en français pour s'adresser à son public et explique que chacune de ses chansons raconte une histoire, son histoire.

 

De sa voix douce et captivante, elle enchaîne les hommages aux membres de sa famille qui ont compté pour elle : sa grand-mère, qui a toujours cru en son talent de musicienne mais qui est malheureusement décédée avant de la voir sur scène ; son père, qui lui a enseigné la kora, un instrument jadis réservé aux hommes.

 

Ce soir, elle invite son fils à se joindre au groupe, et il fait un magnifique solo au balafon. C'est l'occasion pour Sona Jobarteh d'évoquer le projet qui lui est vital, la Music Academy qu'elle a créée et financée en Gambie. Elle interprète une chanson écrite par son fils, intitulée « Liberté », pour adresser un message à la jeune génération de musiciens africains quant à la liberté de créer en utilisant la tradition tout en s'inscrivant dans la modernité et ses technologies. Son message n'est pas que musical.

 

Dans sa composition dédiée à l'indépendance de la Gambie, elle revendique un véritable développement pour sa terre d'origine, fondé sur une révolution du système éducatif pour que les jeunes restent au pays, apprennent un métier utile au développement et deviennent des citoyens responsables de l'avenir de leur pays. Ses déclarations sont chaleureusement applaudies par le public.

 

 

Sona Jobarteh alterne gravité et musicalité, fait participer le public à ses chansons, et l'ambiance est à la danse lors du crescendo sur scène, avec des duos qu'elle instaure avec ses musiciens. Le public réclame un bis après le dernier morceau et s'en va heureux de ce concert qualifié de merveilleux, un des mots favoris de Sona Jobarteh en français ! « Concert mémorable, merveilleuse Sona », résume une admiratrice.

 

Vidéo à voir >> https://urls.fr/yHZgK1

 

Le samedi 15 août, à 17 h, les festivaliers découvrent le groupe Kolinga, venu du Pays basque, avec ses cuivres, dont un euphonium joué par Vianney Desplantes et un cor par Romain Thorel, également au clavier. Les chœurs sont assurés par les musiciens qui accompagnent la chanteuse franco-congolaise Rebecca MBoungou.

 

Née d'un père musicien originaire du Congo-Brazzaville, qui n'est pas resté pour la voir grandir, elle doit son amour de la culture et de la musique congolaises à sa maman française, professeur de danse africaine, qui lui fait connaître Papa Wemba, mais aussi la musique soul, Stevie Wonder et le R'n'B. Rebecca MBoungou chante d'une voix soul ses propres compositions, en s'accompagnant tantôt au clavier, tantôt à la guitare.

 

Les morceaux interprétés par Kolinga alternent groove et rigueur avec des rythmes congolais, joués avec fulgurance par le batteur Jérôme Martineau-Ricotti, placé sur le devant de la scène. Une grande complicité se ressent au sein de Kolinga ; elle est perceptible dans le duo entre le bassiste Johary Rakotondramasy et le batteur, chaudement acclamé par le public, ou encore dans les riffs pertinents du guitariste Joël Richard.

 

Vidéo utile >> https://youtu.be/_VRpkS-gDtU

 

Le solo de batterie a littéralement fait décoller le public ! Mais Kolinga porte aussi un autre message, un hommage à l'énergie de la musique africaine, à l'héritage qui vient du Kongo, bassin de l'humanité.

 

Sa chanteuse, Rebecca MBoungou, chante ses vulnérabilités de femme et de métisse, en lingala, une des langues du Congo, mais aussi en français et en anglais. Elle milite également pour la place des femmes et leur dédie une chanson sur la prise de pouvoir des femmes.

 

Sa vision est celle d'une nouvelle génération qui s'approprie un nouveau récit sur le passé et le présent du continent africain. Kolinga signifie, en lingala, « aimer » et « tisser un lien ». Un nouvel album paraîtra en février 2027 : rendez-vous pour le découvrir !

 

La programmation 2026 a rendu hommage aux origines multiples du jazz et à la diversité des talents. Au grès du Jazz est un festival inclusif qui fait résonner la vitalité de la scène musicale française. Il offre également un voyage intercontinental avec des célébrités internationales, dans un écrin de verdure qui nous rappelle la beauté de la nature mais aussi sa vulnérabilité.

 

 

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