Libre opinion. Moussa Moïse Sylla a su redonner aux artistes guinéens le sentiment d'être écoutés. Mais un soutien public distribué sans règles connues de tous risque de transformer une qualité en bombe à retardement.
Monsieur le ministre, votre cœur est au bon endroit. Donnez-lui maintenant des règles.
Il faut d'abord rendre à chacun ce qui lui est dû. Dans un secteur longtemps abandonné dans les caniveaux de l’action gouvernementale, où tant d'artistes guinéens ont eu le sentiment de frapper à des portes closes, Moussa Moïse Sylla a imprimé un style qui lui est propre : la gouvernance de proximité.
Pour beaucoup, il est l'un des meilleurs ministres de la Culture que le pays ait connus. On le dit attentif, accessible, solidaire et sensible aux maux qui rongent le milieu.
Son bureau est ouvert, et les artistes s'y pressent comme au grand marché du centre-ville. Mais c'est précisément parce que cette proximité est une force qu'il faut désormais en mesurer les limites.
Quand un ministre reçoit, écoute et soutient, il fait preuve de responsabilité. Quand ce soutien prend la forme de chèques remis à certains artistes, au gré des visites et des sollicitations, il peut prêter à une tout autre interprétation.
La gestion de la chose publique obéit à une exigence que la bonne volonté ne suffit pas à satisfaire : la rigueur et le respect des principes.
Dans un milieu aussi restreint que le secteur culturel guinéen, tout se sait : qui a reçu, combien, pour quel projet. Et chacun de se demander : pourquoi pas moi ? Lorsque les critères ne sont ni publiés ni connus, chacun construit sa propre explication. On parle alors de favoritisme, même lorsque ce n’est pas le cas. Le soupçon s'installe, et la frustration avec lui.
Le paradoxe est cruel : un ministre qui veut rassembler les artistes peut finir par les diviser. Ceux qui ont été aidés deviennent des obligés ; ceux qui ne l'ont pas été, des frustrés.
Ce que l'on peut attendre du ministre...
La solution n'est pas de fermer sa porte, mais de placer des règles derrière elle. Le soutien du ministère doit reposer sur un fonds d'aide à la création doté d'un budget annuel connu, sur des appels à projets publics diffusés dans toutes les régions et sur une commission d'attribution indépendante réunissant professionnels, représentants des associations d'artistes et experts. C'est d'ailleurs la voie qu'ouvre le FODAC (Fonds de développement des arts et de la culture). Ce dispositif doit maintenant être consolidé.
Par Sita
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