"La musique comme héritage. La culture comme identité. Et la transmission comme mission".
Le vendredi 18 septembre 2026, Sidiki Diabaté investira la scène de l'Accor Arena Paris-Bercy pour un concert qui s'annonce comme un grand moment de musique, de culture et de partage.
Héritier d'une prestigieuse tradition de griots, fils du regretté maître de la kora Toumani Diabaté, Sidiki a grandi dans une famille où la musique se transmet comme une histoire, une mémoire et une responsabilité.
À quelques jours de ce grand rendez-vous parisien, nous l'avons rencontré pour parler de son concert du 18 septembre, de son héritage familial, de la diaspora africaine. Il est notre invité exceptionnel.
MT : Bonjour Sidiki, La transmission : c'est le nom que tu as choisi pour ce deuxième rendez-vous à l'Arena Bercy de Paris ce 18 septembre 2026. En tant qu'artiste issu de la culture malienne, où l'héritage se transmet de génération en génération, quel sens particulier donnes-tu à cette thématique ?
S.D : « Le concert du 18 septembre à Paris est bien plus qu'un concert : c'est un moment de transmission et de mémoire. Lorsque je joue de la kora, je porte avec moi l'héritage de mon grand-père Sidiki Diabaté, paix à son âme, et de mon père Toumani Diabaté.
Mon grand-père a transmis son savoir à mon père, qui m'a ensuite transmis cette passion et cette responsabilité. À ses côtés, j'ai parcouru le monde et compris que la kora est bien plus qu'un instrument : elle est notre voix, notre mémoire et notre histoire.
Il faut dire que la disparition de mon père a laissé un immense vide, aussi bien dans ma vie personnelle que dans ma vie artistique. Mais son départ a également renforcé en moi une conviction : ce qu'il m'a transmis ne doit pas s'arrêter avec lui. Au contraire, c'est maintenant à nous de continuer à vivre cette flamme.
Aujourd'hui, en tant que 72ᵉ génération de joueurs de kora, avec mon oncle Madou Sidiki Diabaté et tous les artistes qui nous accompagnent, nous avons une mission : faire vivre cet héritage, préserver son âme et le transmettre aux générations futures.
Ce 18 septembre à Paris, nous jouerons avec fierté et humilité, en hommage à ceux qui nous ont précédés. Nous ne sommes qu'un maillon d'une chaîne vieille de plusieurs siècles. Tant que la kora résonnera, cette chaîne ne sera jamais rompue. »

Père & fils/PHOTO : DR
Paris est devenu un grand tremplin d'expositions des musiques africaines à travers sa diaspora et ses afro-descendants. Quel regard portes-tu aujourd'hui sur ce public qui est de plus en plus empreint à votre musique ?
S.D : « Il y a un véritable changement qui s'opère aujourd'hui dans les concerts en Europe. Il y a 20 ou 30 ans, c'étaient les Européens qui venaient découvrir nos artistes, notre musique et notre culture dans les salles et les festivals.
Aujourd'hui, les choses ont changé. Avec une génération d'artistes comme Youssoupha, Maître Gims, Fally Ipupa, ma sœur Aya Nakamura et tant d'autres, nous voyons une nouvelle dynamique se créer. Ce qu'ils accomplissent, c'est bien plus que de la musique. C'est un acte de la diaspora. C'est une génération qui prend sa place, qui fait entendre sa voix et qui montre au monde entier la richesse de notre culture.
Je suis profondément fier de cette diaspora qui nous porte, nous les artistes, qui porte notre culture et qui fait rayonner notre continent à travers le monde. C'est une immense fierté de voir aujourd'hui notre musique traverser les frontières, remplir les plus grandes salles et toucher des publics qui, hier encore, ne nous connaissaient pas. »
Ce concert arrive dans un contexte où tu as une actualité très mouvementée en matière de sortie de singles, avec la guinéenne Djelikaba Bintou, la sénégalaise Mia Guisse. Qu'est-ce que ça vous fait d'être autant sollicité et de frotter votre musique à d'autres courants musicaux ?
« Les grands projets et collaborations que j'ai réalisés, notamment avec mon frère Wally, Mia Guissé, ou encore Mathieu M., que j'ai d'ailleurs eu l'occasion de retrouver en France, m'ont beaucoup appris. On peut évidemment valoriser l'Afrique, notre continent, chacun de notre côté. Mais lorsque nous décidons d'avancer ensemble, nous allons plus vite, plus loin et surtout plus forts. Nous devenons plus solidaires, et cette union nous rend incomparables et, d'une certaine manière, imbattables.
Parce que chaque culture a quelque chose à apporter à l'autre. La culture guinéenne enrichit la culture malienne, la culture sénégalaise apporte également sa richesse, et le mélange de toutes ces identités crée quelque chose de plus grand que chacune d'elles prise séparément.
Ce mariage des cultures, cet échange et cette solidarité sont avant tout une marque d'amitié. Mais culturellement, c'est aussi une véritable force : lorsque les Africains se rassemblent et mettent leurs talents, leurs cultures et leurs énergies en commun, nous créons une force difficile à égaler. »
Sidiki, ce concert arrive à quelques jours du 22 septembre, fête nationale du Mali, ton pays, que tu défends, que tu chantes. Ton souhait pour la circonstance et ton message pour cette double coïncidence ?
« Le Mali doit être fier de ses artistes et de sa culture. Aujourd'hui, tous les artistes maliens sont, d'une certaine manière, des soldats : des soldats de la culture, de l'unité et de l'identité malienne. Ils représentent notre culture, mais portent aussi fièrement les couleurs de notre drapeau : le vert, le jaune et le rouge.
Nous allons continuer à faire vivre cette identité et à la partager au-delà de nos frontières. Nous n'avons pas pu organiser ce concert le 22 septembre car la date était déjà prise, mais nous comptons bien nous retrouver à Bercy pour célébrer notre fête de l'Indépendance et magnifier le Mali. Ce sera une grande fête, aux couleurs du Mali, avec notre drapeau, mais aussi avec la présence de nos pays amis et de leurs représentants.
Car le véritable objectif de ce concert est de nous faire voyager sans prendre l'avion, sans frontières ni barrières. Voyager dans la paix, à travers la musique et la culture. Nous voulons nous retrouver en Afrique, redécouvrir cette Afrique authentique, et retrouver le Mali dans ce qu'il a de plus pur : son histoire, son identité et sa richesse culturelle.
Ce concert du 18 septembre est l'occasion de découvrir d'autres générations d'artistes et de mettre en lumière toute la diversité de nos expressions culturelles. Et à travers ce grand rendez-vous à Paris-Bercy, nous voulons porter un message simple : le Mali est plus fort que jamais lorsque nous sommes unis.
On vous attend tous pour perpétuer encore de plus belle la transmission. »
Interview réalisée par Mory TOURÉ
Pour SITANEWS
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